Placer la trésorerie d'entreprise
La question se pose presque toujours dans le mauvais ordre : « où placer la trésorerie ? » vient avant « combien est réellement disponible, et jusqu'à quand ? ». Or la seconde question commande entièrement la première, et elle ne relève pas du même métier.
Page d'information générale. Elle n'est ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée.
Écrit par Jérôme Guizelin, fondateur de GUIZELIN CONSEILMis à jour le
La première question n'est pas où placer, mais combien est disponible
Le solde du compte bancaire n'est pas la trésorerie excédentaire. Il contient des sommes déjà engagées, simplement pas encore décaissées.
Quatre ensembles se retranchent avant d'obtenir un excédent : le besoin lié au cycle d'exploitation — décalage entre encaissements et décaissements —, les échéances fiscales et sociales à venir, les investissements déjà décidés, et la réserve de sécurité que l'entreprise se fixe pour absorber un aléa.
Cette détermination relève de l'expert-comptable, qui connaît le cycle et les échéances de l'entreprise. Aucun conseil en placement ne peut l'établir à sa place, et aucun ne devrait s'y essayer : un excédent surestimé conduit à immobiliser des sommes dont l'exploitation aura besoin, ce qui coûte davantage que ce qu'un placement peut rapporter.
Une seconde information, tout aussi déterminante, n'appartient ni à l'un ni à l'autre : l'horizon, c'est-à-dire la date à laquelle ces sommes pourraient redevenir nécessaires. Elle est connue du seul dirigeant, et elle commande tout le reste.
Trois contraintes propres à une personne morale
Une entreprise ne place pas comme un particulier, et les trois différences suivantes ne sont pas des nuances.
- La disponibilité prime. Pour un particulier, un horizon long permet d'accepter des variations. Pour une entreprise, un besoin de trésorerie ne se reporte pas : une échéance sociale tombe à sa date. Un support dont la revente prend du temps ou n'est pas garantie change donc de nature lorsqu'il est détenu par une personne morale.
- La fiscalité est celle de l'entreprise. Les produits entrent dans le résultat et sont imposés selon le régime fiscal de la société. Ni le prélèvement forfaitaire unique, ni les abattements, ni le régime propre à l'assurance-vie des personnes physiques ne s'appliquent. Certains supports font en outre l'objet d'une imposition annuelle même sans cession. Ce traitement se vérifie avec l'expert-comptable, support par support, avant toute souscription.
- Le placement apparaît au bilan. Sa comptabilisation, son classement et son effet sur les capitaux propres ne sont pas neutres, notamment au regard des engagements pris envers un prêteur ou des ratios qu'il suit.
Ces trois contraintes se lisent avant la question du support, et elles éliminent souvent plus d'options qu'elles n'en laissent. La distinction entre enveloppe et support reste le préalable, mais l'univers accessible à une personne morale n'est pas celui d'un particulier.
Qui fait quoi
La répartition n'est pas une convention de politesse entre professions : elle découle des activités que chacun est autorisé à exercer.
| Intervenant | Ce qui relève de lui |
|---|---|
| L'expert-comptable | Détermine le montant réellement disponible au regard du cycle d'exploitation et des échéances fiscales et sociales. Traite la comptabilisation du placement et son effet sur le résultat imposable. |
| Le banquier ou le conseil en financement | Le crédit, les lignes de trésorerie et les garanties. C'est une activité d'intermédiation en opérations de banque, distincte de celles exercées par le cabinet. |
| Le conseil en gestion de patrimoine | Le placement de l'excédent, une fois son montant et son horizon établis par ailleurs. Il n'intervient ni sur les comptes, ni sur le financement, ni sur la détermination du disponible. |
| Le dirigeant | La décision, et la seule information que personne d'autre ne détient : la date à laquelle ces sommes pourraient redevenir nécessaires. |
Le point à retenir tient en une phrase : le cabinet intervient sur le placement d'un excédent déjà identifié, et sur rien d'autre du bilan de l'entreprise. Il n'établit pas le disponible, ne traite pas la comptabilité, et n'intervient pas sur le financement — cette dernière activité, l'intermédiation en opérations de banque et en services de paiement, fait l'objet d'une réglementation distincte de celles dont relève le cabinet. Le détail des statuts et de ce qu'ils autorisent figure ici.
Les critères qui restent, une fois le disponible établi
Quatre, et ils se compensent entre eux comme pour n'importe quel placement.
- L'horizon — la date à laquelle les sommes pourraient redevenir nécessaires, et le degré de certitude de cette date.
- La disponibilité — le délai de récupération effectif, les pénalités de sortie anticipée, et le caractère garanti ou non de la revente.
- Le risque de perte en capital — une entreprise qui place un excédent n'a pas la même latitude qu'un particulier pour attendre qu'une baisse s'efface.
- Les frais — ceux de l'enveloppe et ceux du support, qui se cumulent et se prélèvent chaque année, indépendamment du résultat obtenu.
Cette page ne nomme aucun support et ne publie aucun rendement. Les taux qui circulent sur ce sujet proviennent de sites commerciaux et n'ont pas de source primaire vérifiable ; quant aux supports eux-mêmes, les désigner sur une page d'information générale reviendrait à formuler une recommandation sans rien savoir de l'entreprise concernée.
Pourquoi cette page ne conclut pas
Parce que la réponse dépend de trois éléments que cette page ne connaît pas : le montant réellement disponible, l'horizon jusqu'auquel il l'est, et le régime fiscal applicable à l'entreprise.
Une page qui trancherait — « placez la trésorerie sur tel support » — formulerait une recommandation sans rien savoir de l'entreprise, et une recommandation personnalisée suppose le recueil complet d'une situation. Ce que la page peut faire, elle l'a fait : remettre les deux questions dans l'ordre, et nommer qui répond à chacune.
Questions fréquentes
- Qu'appelle-t-on trésorerie excédentaire ?
- La part des liquidités dont l'entreprise n'a besoin ni pour son exploitation courante, ni pour ses échéances fiscales et sociales, ni pour un investissement déjà décidé. C'est un solde, pas un montant en banque : le solde du compte inclut des sommes qui sont déjà engagées. Sa détermination relève de l'expert-comptable, qui connaît le cycle d'exploitation et les échéances de l'entreprise.
- La fiscalité d'un placement d'entreprise est-elle la même que pour un particulier ?
- Non. Les produits d'un placement détenu par une société entrent dans son résultat et sont imposés selon le régime fiscal de l'entreprise. Ni le prélèvement forfaitaire unique, ni les abattements, ni le régime propre à l'assurance-vie des personnes physiques ne s'appliquent. Certains supports font par ailleurs l'objet d'une imposition annuelle même en l'absence de cession. Ce traitement se vérifie avec l'expert-comptable avant toute souscription.
- Le cabinet intervient-il sur le financement de l'entreprise ?
- Non. Le crédit, les lignes de trésorerie et les garanties relèvent d'une activité d'intermédiation en opérations de banque et en services de paiement, que le cabinet n'exerce pas. Son intervention porte sur le placement d'un excédent déjà identifié, et sur rien d'autre du bilan de l'entreprise.
- Une trésorerie placée reste-t-elle disponible ?
- Cela dépend entièrement du support retenu, et c'est le critère qui prime sur tous les autres pour une entreprise. Certains supports permettent une récupération sous quelques jours, d'autres comportent des délais, des pénalités de sortie anticipée ou une revente qui n'est pas garantie. Une trésorerie immobilisée au moment où l'exploitation en a besoin coûte davantage que ce qu'un placement peut rapporter.