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Préparer sa retraite

Une seule notion commande tout le sujet, et elle est mal connue : le taux de remplacement, c'est-à-dire ce que la pension représentera du dernier revenu d'activité. La plupart des gens le découvrent au moment de partir. Il se calcule des années avant, il dépend de règles publiques et vérifiables, et il varie beaucoup plus d'une situation à l'autre qu'on ne l'imagine.

Page d'information générale. Elle n'est ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée.

Écrit par , fondateur de GUIZELIN CONSEILMis à jour le

Qu'est-ce que le taux de remplacement ?

Le taux de remplacement est le rapport entre ce que l'on perçoit une fois à la retraite et ce que l'on percevait juste avant. Un taux de 75 % signifie que l'on dispose de 75 € là où l'on disposait de 100 €.

Jusqu'ici, rien de compliqué. La difficulté vient de ce que le mot « perçoit » n'a pas une seule définition. Selon ce que l'on décide de compter, le même groupe de personnes affiche quatre taux différents — et c'est justement l'écart entre ces quatre chiffres qui est l'information utile.

Les quatre mesures ci-dessous portent sur les mêmes personnes, celles dont la première année pleine de retraite est 2020. Rien ne change d'une ligne à l'autre, sinon ce que le calcul accepte de prendre en compte. Chaque ligne ajoute un élément à la précédente, et le taux monte à chaque fois.

Quatre mesures du taux de remplacement pour les mêmes personnes : 75 % pour la pension seule, 80 % pour l'ensemble des revenus personnels, 86 % pour les revenus du ménage, 91 % en niveau de vie.Pension seule75 %+ autres revenus80 %+ revenus du ménage86 %= niveau de vie91 %100 % = le revenu d'avant le départ
Quatre façons de mesurer le même écart, sur le même groupe de personnes. Source et détail dans le tableau ci-dessous.
Taux de remplacement médian selon les revenus retenus
Ce que le calcul compteMédianePourquoi le taux monte par rapport à la ligne du dessus
1 La pension seule, rapportée au dernier salaire75 %C'est le point de départ : la retraite versée par les régimes obligatoires, et rien d'autre. Un quart de revenu en moins.
2 Tous les revenus de la personne80 %Parce qu'on ajoute ce que la personne perçoit en plus de sa pension : une activité poursuivie après le départ, des loyers, des revenus d'épargne.
3 Tous les revenus du ménage86 %Parce qu'on cesse de regarder une personne seule : les revenus du conjoint et les revenus financiers du foyer entrent dans le calcul. Dans un couple, une seule pension ne fait pas tout le budget.
4 Le niveau de vie91 %Parce qu'on regarde enfin ce qui reste réellement disponible : après impôts, après prestations reçues, et rapporté à la taille du ménage. Les enfants partis et les charges liées au travail disparues, la même somme finance moins de choses qu'auparavant.

La lecture d'ensemble tient en une phrase : la pension seule couvre environ trois quarts du dernier salaire, mais le niveau de vie effectif se maintient à un niveau nettement plus proche de celui d'avant — 91 % au lieu de 75 %.

L'écart entre ces deux chiffres n'est pas un artifice de calcul. Il correspond à des ressources bien réelles, qui ne figurent pas dans la pension : les revenus du conjoint, une activité poursuivie, des loyers, une épargne, et la disparition de charges — cotisations, trajets, parfois un crédit immobilier arrivé à son terme. La Drees relève d'ailleurs que 35 % des personnes encore en emploi juste avant le départ voient leur niveau de vie augmenter à la retraite.

Il en découle une observation, factuelle et sans jugement : les situations où le niveau de vie se maintient le mieux sont celles où ces autres ressources existent déjà au moment du départ. Elles ne se constituent pas l'année de la liquidation.

Précision de champ, qui compte : la Drees retient ici toutes les personnes en emploi juste avant le départ, y compris les non-salariés et les salariés à temps partiel. Ce périmètre relève mécaniquement le taux par rapport à la mesure habituelle, faite sur les seuls salariés à temps plein.

De combien la pension s'écarte-t-elle du dernier salaire ?

La réponse honnête est : cela dépend énormément, et la médiane ne décrit personne. C'est le point que les contenus alarmistes comme les contenus rassurants passent sous silence, parce qu'il ne permet de conclure ni dans un sens ni dans l'autre.

Un chiffre unique ne le montre pas ; la répartition, si. On range les nouveaux retraités du taux le plus bas au taux le plus élevé, puis on découpe en dix groupes de taille égale : ce sont les déciles. Le premier décile est la valeur en dessous de laquelle se situent les 10 % les moins bien lotis ; le dernier décile, celle au-dessus de laquelle se situent les 10 % les mieux lotis.

Toujours pour les personnes dont la première année pleine de retraite est 2020, voici comment se répartit la pension rapportée au dernier revenu d'activité.

Dispersion du taux de remplacement : 48 % au premier décile, 62 % au premier quartile, 75 % à la médiane, 94 % au troisième quartile, 150 % au dernier décile.100 % = le dernier revenu d'activité48 %1ᵉʳ décile62 %1ᵉʳ quartile75 %médiane94 %3ᵉ quartile150 %dernier décile
Répartition du taux de remplacement des nouveaux retraités de 2020. Entre les deux extrémités, l'écart va de moins de la moitié du dernier salaire à une fois et demie celui-ci.

Entre les deux extrémités, l'écart va du simple au triple. Aucun chiffre moyen ne résume une telle dispersion, et les deux extrémités s'expliquent chacune par des mécanismes précis.

Pourquoi certains tombent-ils sous 48 % ?

Deux situations très différentes se retrouvent dans le bas de la distribution, et la première surprend souvent.

  • Les rémunérations élevées. C'est l'effet du plafond de la sécurité sociale, expliqué dans la section suivante : la retraite de base ne tient aucun compte de la part de salaire qui dépasse ce plafond. Plus le salaire s'en éloigne vers le haut, plus la pension représente une fraction faible de ce salaire. Un taux de remplacement bas n'est donc pas synonyme de petite pension — il peut au contraire correspondre à un revenu d'activité important.
  • Les carrières incomplètes. Trimestres manquants, années sans revenus, départ avant d'avoir réuni la durée requise : la pension est alors réduite deux fois, par le taux puis par la proratisation. Le taux de remplacement est bas, et la pension l'est aussi.

Pourquoi certains dépassent-ils 100 % ?

Parce qu'un taux de remplacement compare la pension à la dernière année d'activité, et que cette dernière année n'est pas toujours représentative de la carrière.

  • Une fin de carrière à temps partiel ou à activité réduite fait baisser le revenu de référence, alors que la pension, elle, a été calculée sur les meilleures années de toute la carrière. Le rapport entre les deux grimpe mécaniquement.
  • Une fin de carrière hors de l'emploi produit le même effet, en plus marqué. La Drees mesure séparément les personnes dont le principal revenu avant le départ était une allocation de chômage ou une pension d'invalidité : pour elles, le taux de remplacement médian dépasse 100 %, la retraite étant plus élevée que le revenu de remplacement qu'elle vient remplacer.

Un taux supérieur à 100 % ne signifie donc pas que la retraite a enrichi ces personnes. Il signifie que le point de comparaison était déjà abaissé.

La conséquence pratique est simple : chercher « le » taux de remplacement moyen pour en déduire sa propre situation revient à se tromper d'exercice. Le calcul qui vous concerne part de votre relevé de carrière, pas d'un pourcentage général.

Pourquoi l'écart n'est-il pas le même pour tout le monde ?

Parce que la retraite de base ignore la part du salaire qui dépasse un plafond. C'est le mécanisme central, et il explique à lui seul l'essentiel des différences entre deux carrières également complètes.

Le salaire annuel moyen qui sert de base au calcul est établi sur les vingt-cinq années civiles les plus avantageuses de la carrière (CSS, art. R. 351-29). Mais chaque année n'est retenue que dans la limite du plafond de la sécurité sociale en vigueur cette année-là — soit 48 060 € par an, ou 4 005 € par mois, en 2026.

Autrement dit : au-delà de ce seuil, une rémunération plus élevée n'augmente pas la retraite de base. Comme le taux plein est de 50 % de ce salaire annuel moyen plafonné, la pension de base connaît un maximum, quel que soit le salaire réel.

La retraite complémentaire prend le relais au-dessus du plafond, mais selon des règles différentes, décrites plus bas. Le résultat est un constat que le Conseil d'orientation des retraites formule sans détour dans son rapport annuel de juin 2026 : les taux de remplacement sont d'autant plus faibles que les rémunérations sont élevées.

Ce n'est ni un scandale ni une injustice : c'est la conséquence arithmétique d'un régime plafonné. Mais c'en est une conséquence précise, et elle mérite d'être connue avant la dernière année de carrière plutôt qu'après.

Comment la retraite de base est-elle calculée ?

Par une formule à trois facteurs, dans le régime général : le salaire annuel moyen, multiplié par un taux, multiplié par le rapport entre la durée d'assurance acquise et la durée requise.

  • Le salaire annuel moyen. La moyenne des vingt-cinq meilleures années, revalorisées, chacune retenue dans la limite du plafond de la sécurité sociale de son année (CSS, art. R. 351-29).
  • Le taux. Il atteint 50 % lorsque la durée d'assurance requise est réunie (CSS, art. R. 351-27). À défaut, il est minoré de 1,25 % par trimestre manquant. Cette minoration est définitive : elle ne disparaît pas avec l'âge.
  • La proratisation. Le résultat est ensuite réduit à proportion des trimestres effectivement acquis dans le régime, rapportés à la durée requise. Une carrière courte est donc pénalisée deux fois : par le taux, puis par ce rapport.

Deux paramètres d'âge encadrent le tout.

  • L'âge d'ouverture du droit est de 64 anspour les assurés nés à partir du 1er janvier 1969 (CSS, art. L. 161-17-2). Les générations antérieures relèvent d'un calendrier de transition.
  • L'âge d'annulation de la décote est fixé par la loi à l'âge légal augmenté de trois ans, soit 67 ans (CSS, art. L. 351-8). À cet âge, le taux plein est acquis sans condition de durée d'assurance.

La durée d'assurance requise est de 172 trimestres, soit quarante-trois ans, pour les assurés nés à partir du 1er janvier 1966 (CSS, art. L. 161-17-3).

Cette page ne publie pas le tableau de l'âge légal génération par génération, et c'est volontaire : ce calendrier a été modifié en dernier lieu pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Une page qui le recopierait deviendrait fausse sans prévenir. Votre âge et votre durée requise figurent sur votre relevé de carrière, qui fait foi.

Et la retraite complémentaire ?

Elle ne fonctionne pas du tout comme la retraite de base. Pour les salariés du secteur privé, elle repose sur des points : les cotisations achètent des points, dont le nombre est figé, et la pension est obtenue en multipliant ces points par une valeur de service révisée chaque année.

Les cotisations s'appliquent en deux tranches, séparées par le plafond de la sécurité sociale : la première jusqu'au plafond, la seconde entre une et huit fois ce plafond. C'est ce qui permet à la complémentaire de couvrir les rémunérations que la retraite de base ignore.

Un point y est très peu connu, et il est vérifiable sur n'importe quel bulletin de paie. Le taux qui sert à calculer les points n'est pas le taux effectivement prélevé. Les points sont calculés sur 6,20 % de la première tranche et 17 % de la seconde, alors que les cotisations réellement prélevées s'élèvent respectivement à 7,87 % et 21,59 %.

L'écart correspond à un coefficient de 127 %appliqué au taux de calcul. La fraction excédentaire finance le régime sans créer aucun droit pour celui qui la verse. Cela ne se discute pas : c'est le mode de financement du régime, publié par lui. Mais cela explique une partie de l'écart entre ce que l'on croit avoir cotisé et ce que l'on perçoit.

Les autres régimes — fonction publique, professions libérales, artisans et commerçants — obéissent à des règles distinctes. Les écarts entre statuts sont détaillés ici.

Chiffres vérifiés à leur source le 18 septembre 2026. Chaque valeur renvoie au texte ou au barème qui la fixe :

Le système de retraite sera-t-il encore là ?

Cette page ne répond pas à cette question, et c'est délibéré.

L'avenir du système de retraite dépend de décisions politiques qui n'ont pas été prises. Toute affirmation sur ce qu'il sera dans vingt ans — qu'elle annonce un effondrement ou qu'elle promette la continuité — serait une opinion présentée comme un fait. Les deux versions circulent abondamment, et les deux vieillissent mal.

Le constat suffisant tient en une observation : les règles ont changé plusieurs fois au cours des dix dernières années, y compris pour des personnes dont le départ était proche. Le calendrier de l'âge légal a encore été modifié pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Ce n'est pas un pronostic, c'est un historique.

Une distinction se constate néanmoins, sans rien supposer de l'avenir : les paramètres de la retraite obligatoire — âge, durée requise, mode de calcul — s'appliquent à chacun sans qu'il en décide, et ils ont effectivement été modifiés à plusieurs reprises. Ce qui est constitué à côté de ce système obéit à des règles distinctes. C'est une différence de nature, que la page se borne à relever.

Aller plus loin dans le sujet

Par quoi commencer ?

Par la lecture de son relevé de carrière, avant toute réflexion sur un placement. C'est le document qui recense l'ensemble des trimestres et des points acquis, tous régimes confondus. Il est gratuit et accessible en ligne sur info-retraite.fr, le service public commun à tous les régimes de retraite.

Trois vérifications valent d'être faites à cette occasion, et elles n'exigent aucune compétence financière : les périodes d'apprentissage, de stage, de chômage ou d'activité à l'étranger sont-elles bien reportées ? Les employeurs successifs figurent-ils tous ? Les trimestres des premières années de carrière sont-ils décomptés ? Une erreur se corrige d'autant plus facilement qu'elle est repérée tôt.

Vient ensuite la question du besoin, qui ne se déduit pas d'un pourcentage : elle part des dépenses, pas du dernier salaire. Et seulement après, la question des enveloppes —le plan d'épargne retraite, l'assurance-vie et les autres se distinguent par leur fiscalité et leur disponibilité, ce qui ne se compare utilement qu'une fois l'objectif et l'horizon connus.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le taux de remplacement ?
C'est le rapport entre la pension perçue au début de la retraite et le revenu d'activité perçu juste avant le départ. Il s'exprime en pourcentage. Un taux de 70 % signifie que la pension représente 70 % du dernier revenu d'activité. Attention : ce rapport peut être calculé sur des revenus différents — la seule pension, l'ensemble des revenus personnels, ceux du ménage — et le résultat change selon ce que l'on retient.
À partir de quel âge peut-on partir à la retraite ?
L'âge d'ouverture du droit est de 64 ans pour les assurés nés à partir du 1er janvier 1969. Les générations antérieures relèvent d'un calendrier de transition, modifié en dernier lieu pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Atteindre cet âge ouvre le droit à demander sa retraite, ce qui ne signifie pas l'obtenir à taux plein : c'est la durée d'assurance qui commande le taux.
Quelle différence entre l'âge légal et l'âge du taux plein ?
L'âge légal est celui à partir duquel il devient possible de demander sa retraite. Le taux plein s'obtient soit en réunissant la durée d'assurance requise, soit à 67 ans, âge auquel il est acquis sans condition de durée. Partir entre les deux avec une carrière incomplète entraîne une minoration définitive du taux.
Une carrière à l'étranger compte-t-elle pour la retraite française ?
Cela dépend du pays. À l'intérieur de l'Union européenne et dans les États liés à la France par une convention de sécurité sociale, les périodes accomplies sont prises en compte pour apprécier la durée d'assurance, chaque pays versant ensuite sa propre pension. Ailleurs, elles peuvent ne créer aucun droit en France. Ce point se vérifie régime par régime et mérite d'être regardé longtemps avant le départ.
Peut-on travailler après avoir liquidé sa retraite ?
Oui, c'est le cumul emploi-retraite. Il est intégralement libre lorsque la retraite a été liquidée à taux plein et que l'ensemble des régimes obligatoires a été demandé ; il est plafonné dans les autres cas. Depuis la réforme de 2023, une activité reprise après une liquidation à taux plein peut créer de nouveaux droits, dans des limites précises.
La retraite est-elle imposable ?
Oui. Les pensions de retraite sont soumises à l'impôt sur le revenu, après un abattement de 10 %, et supportent des prélèvements sociaux dont le taux dépend du revenu fiscal de référence. Une pension nette est donc inférieure à la pension brute annoncée par les régimes, ce qui explique une partie des écarts entre les montants que l'on croit percevoir et ceux que l'on perçoit.

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