Un premier patrimoine
Le début de carrière se caractérise par un paramètre et un seul : l'horizon est long. Cela change l'arithmétique de l'effort, cela ne dispense d'aucun préalable, et cela rend certains engagements plus contraignants qu'ils ne le seraient plus tard. Cette page expose ces trois effets, sans en déduire ce qu'il conviendrait de faire.
Page d'information générale. Elle n'est ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée.
Écrit par Jérôme Guizelin, fondateur de GUIZELIN CONSEILMis à jour le
Ce que la durée change, en arithmétique
La durée est le seul paramètre d'une situation patrimoniale qui ne s'achète pas et ne se rattrape pas. Son effet se constate sans aucune hypothèse de rendement, par une simple division.
Le calcul publié sur la page consacrée au besoin à la retraite le montre en chiffres ronds : pour une même somme à constituer, la répartir sur trente années de versements plutôt que sur vingt réduit l'effort mensuel d'environ un tiers. Ce résultat ne suppose aucun rendement — il n'additionne que des versements.
Un second effet, distinct, tient au risque plutôt qu'à l'effort : un horizon long permet de supporter des variations de valeur qu'un horizon court ne permet pas. Ce n'est pas une garantie de résultat, et un horizon long ne transforme aucun placement risqué en placement sûr. C'est une contrainte en moins : celle de devoir vendre à une date imposée.
Ce que la durée ne change pas : l'ordre des préalables
L'horizon long ne dispense d'aucune des trois étapes qui précèdent tout placement, et cet ordre est le même à tout âge.
- L'épargne immédiatement disponible. Elle couvre une dépense imprévue ou une interruption de revenus. Son utilité n'est pas de rapporter : elle est d'éviter d'avoir à vendre un placement au moment où l'on en a le moins envie. Placer à long terme une somme dont on aura besoin à court terme expose à devoir la retirer au mauvais moment.
- Les dettes en cours et leur coût. Le taux d'un crédit à la consommation ou d'un découvert est une donnée certaine ; un rendement ne l'est jamais. Les deux termes d'une comparaison entre rembourser et placer n'ont donc pas le même degré de certitude.
- Les échéances connues. Un projet à trois ans et un projet à trente ans n'appellent pas la même disponibilité, donc pas la même enveloppe.
Cet ordre est celui qui vaut pour toutes les situations du site, et il n'a rien de propre au début de carrière. La distinction entre l'enveloppe et le support se lit après ces trois points, jamais avant.
Lorsque bloquer son épargne coûte particulièrement cher
Ce point va à l'encontre de ce que l'on entend souvent, et il est pourtant mécanique. Un horizon long amplifie l'effet de la durée dans les deux sens : il réduit l'effort mensuel nécessaire, mais il allonge aussi la période pendant laquelle un engagement produit ses contraintes.
Deux mécanismes se cumulent, et ils vont dans le même sens.
- La durée du blocage. Le plan d'épargne retraite bloque l'épargne jusqu'à la retraite, hors les sept cas de déblocage prévus par la loi (CMF, art. L. 224-4) — dont un seul relève d'une décision, l'acquisition de la résidence principale. Plus l'horizon est long, plus cette immobilisation dure, et moins la situation dans laquelle elle a été consentie ressemble à celle qui prévaudra ensuite.
- Le niveau de la tranche marginale d'imposition. L'avantage fiscal de la déduction lui est proportionnel. Sur les premières tranches du barème, souvent celles d'un début de carrière, l'économie obtenue est faible au regard de l'immobilisation consentie. Et la déduction est un report d'imposition, non une exonération : ce qui n'est pas imposé à l'entrée l'est à la sortie.
Ces deux éléments ne disqualifient rien : ils décrivent une contrepartie qui se pèse au regard d'une situation réelle, et non de l'âge seul. Le fonctionnement du plan, ses trois cas de figure et ce qu'il fait moins bien sont détaillés ici, et la comparaison avec une enveloppe qui n'immobilise pas l'épargne, là.
Lorsqu'un premier achat immobilier absorbe la capacité d'épargne
L'accession à la propriété mobilise trois ressources simultanément : l'apport, qui consomme l'épargne constituée ; la mensualité, qui réduit la capacité d'épargne courante ; et une partie de l'épargne de précaution, souvent entamée par les frais d'acquisition.
Le mécanisme à connaître est le suivant : les frais liés à une acquisition immobilière sont supportés immédiatement, alors que la valeur du bien ne se réalise qu'à la revente. Il en résulte qu'une acquisition suivie d'une revente à brève échéance se solde rarement à l'équilibre, indépendamment de l'évolution du marché. La durée pendant laquelle le bien sera conservé est donc un paramètre du raisonnement, au même titre que le prix.
L'achat direct, ses avantages propres et ses contraintes de gestion sont traités ici.
Questions fréquentes
- Quel montant faut-il conserver en épargne de précaution ?
- Il n'existe pas de montant universel : cette réserve couvre des dépenses imprévues et une éventuelle interruption de revenus, et elle dépend donc de la stabilité de ces revenus, des charges fixes du foyer et de l'existence d'autres ressources mobilisables. Le critère n'est pas un nombre de mois de salaire, mais le montant en dessous duquel une dépense imprévue obligerait à vendre un placement au mauvais moment.
- Vaut-il mieux rembourser un crédit ou placer ?
- Cette page ne tranche pas, car la réponse dépend du taux du crédit, de sa durée restante, des pénalités éventuelles de remboursement anticipé et de la situation fiscale du foyer. Un seul élément de comparaison est certain : le taux d'un crédit en cours est connu, alors qu'un rendement futur ne l'est jamais. Les deux termes de la comparaison n'ont donc pas le même degré de certitude.
- Le plan d'épargne retraite est-il adapté en début de carrière ?
- La question se pose sur deux plans qui vont en sens inverse. L'avantage fiscal de la déduction est proportionnel à la tranche marginale d'imposition, souvent plus basse en début de carrière, ce qui réduit l'économie obtenue. Et la contrepartie — le blocage de l'épargne jusqu'à la retraite, hors les cas de déblocage prévus par la loi — dure d'autant plus longtemps que l'on est jeune. Ces deux éléments se pèsent au regard de la situation réelle, pas de l'âge seul.