L'allocation d'actifs
C'est le deuxième des trois temps, et il précède le choix des supports plutôt qu'il ne le suit. Répartir son épargne entre grandes familles de placements est une décision distincte de celle de retenir tel contrat ou tel fonds — elle obéit à d'autres critères, et elle se prend à partir d'une situation, jamais à partir de l'état des marchés.
Page d'information générale. Elle n'est ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée.
Écrit par Jérôme Guizelin, fondateur de GUIZELIN CONSEILMis à jour le
Qu'est-ce qu'une allocation d'actifs ?
La répartition de l'épargne entre grandes familles de placements, qui n'ont ni le même comportement, ni la même disponibilité, ni le même risque.
- Les liquidités — disponibles immédiatement, sans risque de perte en capital sur les supports réglementés, et sans grand rendement.
- Les produits de taux — fonds en euros, obligations et fonds obligataires, dont le comportement dépend de l'évolution des taux d'intérêt.
- Les actions — détenues en direct ou par l'intermédiaire de fonds, avec une variabilité de valeur plus marquée.
- L'immobilier — détenu en direct ou en parts, avec sa contrainte propre : une revente qui prend du temps et n'est pas garantie.
Cette décision de répartition est distincte de deux autres, qui viennent après : dans quelle enveloppe loger chaque part, et quel support retenir à l'intérieur de chacune. La distinction entre l'enveloppe et le support est traitée sur la page placements : cette page-ci ne la réexplique pas.
Les quatre critères qui commandent une répartition
Aucun ne dépend de ce que font les marchés au moment où l'on décide. C'est la caractéristique commune des quatre, et c'est ce qui distingue une allocation d'un pari.
| Critère | Ce qu'il commande |
|---|---|
| L'horizon | La date à laquelle les sommes pourraient être nécessaires, et le degré de certitude de cette date. C'est le critère le plus structurant : une somme dont on aura besoin dans deux ans et une somme destinée à une échéance lointaine n'appellent pas la même répartition, indépendamment de tout autre paramètre. |
| La capacité à supporter une baisse | Elle comporte deux dimensions distinctes qu'on confond souvent : la capacité financière — pouvoir attendre sans avoir à vendre — et la capacité psychologique — ne pas vendre au plus bas. Une répartition qui excède la seconde sera défaite au mauvais moment, quelle que soit sa pertinence théorique. |
| Les besoins de liquidité | Ce qui doit rester mobilisable immédiatement, et ce qui peut être immobilisé. Cette part ne relève pas d'un arbitrage entre rendement et risque : elle est déterminée par les charges du foyer et l'existence d'autres ressources. |
| La situation fiscale | La tranche marginale d'imposition et le régime applicable à chaque enveloppe modifient le revenu réellement encaissé, donc la comparaison entre deux répartitions apparemment équivalentes. |
La deuxième ligne mérite un mot, parce qu'elle est celle que l'on évalue le plus mal. La capacité à supporter une baisse ne se mesure pas en répondant à un questionnaire par beau temps : elle se constate lorsque la baisse survient. Une répartition théoriquement cohérente mais qui excède ce que son détenteur peut supporter sera défaite au moment le plus défavorable, ce qui transforme une baisse passagère en perte définitive.
Cette page ne publie aucune allocation type, et l'omission est volontaire. Associer une répartition chiffrée à un profil de lecteur reviendrait à formuler une recommandation personnalisée sans rien savoir de sa situation — ce qui est à la fois inexact et hors du cadre : une recommandation suppose le recueil complet d'une situation et se formule par écrit, en rendez-vous.
Ce que la diversification fait, et ce qu'elle ne fait pas
La diversification consiste à ne pas faire dépendre l'ensemble d'un seul élément. Elle s'applique à plusieurs niveaux, et ils ne se substituent pas les uns aux autres : entre familles de placements, à l'intérieur d'une famille, entre zones géographiques, entre secteurs d'activité, et entre établissements.
Ce qu'elle fait :
- Elle réduit la dépendance à un actif, un secteur ou un émetteur particulier. Un patrimoine réparti ne dépend plus entièrement du sort de l'un de ses éléments.
- Elle réduit l'effet d'une erreur d'appréciation sur un élément isolé, puisque cet élément ne pèse qu'une fraction de l'ensemble.
Ce qu'elle ne fait pas :
- Elle n'empêche pas une baisse générale. Lorsque l'ensemble des marchés reculent, une répartition diversifiée recule aussi.
- Elle ne garantit aucun capital. La diversification est un principe de répartition du risque, pas une garantie.
- Elle ne se déduit pas du nombre de lignes. Détenir dix fonds qui investissent tous dans le même univers ne diversifie pas davantage que d'en détenir un seul : c'est la nature de ce qui est détenu qui compte, non le nombre d'intitulés.
Ce dernier point est le plus fréquemment manqué, et il se vérifie en regardant ce que contiennent réellement les supports détenus plutôt que leur nombre.
Pourquoi une répartition se déforme d'elle-même
C'est un mécanisme arithmétique, et il ne suppose aucune décision : les composantes d'un patrimoine n'évoluent pas au même rythme. Sans aucune intervention, la part de celles qui ont le plus progressé augmente mécaniquement dans l'ensemble, et le niveau de risque global augmente avec elle.
Une répartition arrêtée il y a cinq ans n'est donc plus celle qui prévaut aujourd'hui, même si rien n'a été vendu ni acheté. C'est une observation, pas un reproche : elle signifie simplement qu'une allocation se constate périodiquement plutôt qu'elle ne se décide une fois.
Ramener la répartition effective à la répartition retenue s'appelle le rééquilibrage. Il a un coût, qui se met en regard de l'écart constaté : frais d'arbitrage, et fiscalité éventuelle selon l'enveloppe — un arbitrage à l'intérieur d'un contrat d'assurance-vie ne déclenche pas d'imposition, une vente sur un compte-titres peut en déclencher une.
C'est l'un des objets du suivi, et c'est la raison pour laquelle une allocation et un suivi sont indissociables : la première sans le second se transforme en autre chose que ce qui avait été décidé.
Questions fréquentes
- Quelle différence entre allocation d'actifs et choix des supports ?
- L'allocation décide de la répartition entre grandes familles de placements : quelle part en liquidités, quelle part en produits de taux, quelle part en actions, quelle part en immobilier. Le choix des supports décide de ce qui remplit chaque part : quel fonds, quel contrat, quelle société. Les deux décisions sont distinctes et ne se prennent pas avec les mêmes critères.
- Faut-il changer d'allocation quand les marchés baissent ?
- Une allocation se détermine à partir d'un horizon et d'une capacité à supporter une baisse, deux éléments qui ne changent pas parce que les marchés bougent. Ce qui change en revanche, c'est la répartition effective : une baisse d'une composante réduit son poids dans l'ensemble, ce qui écarte le portefeuille de la répartition retenue. Constater cet écart relève du suivi ; en tirer une conclusion suppose de revenir aux critères de départ.
- Qu'est-ce que le rééquilibrage ?
- C'est l'opération qui ramène la répartition effective à la répartition retenue, en allégeant ce qui a pris du poids et en renforçant ce qui en a perdu. Elle a un coût — frais d'arbitrage, et fiscalité éventuelle selon l'enveloppe — qui se met en regard de l'écart constaté. À l'intérieur d'une enveloppe comme l'assurance-vie, un arbitrage ne déclenche pas d'imposition ; sur un compte-titres, une vente peut en déclencher une.
- Une allocation peut-elle être la même dans toutes les enveloppes ?
- Rien ne l'impose, et c'est rarement optimal. Chaque enveloppe a ses propres règles de disponibilité, de fiscalité et d'univers de supports : une enveloppe qui n'accepte que des actions européennes ne peut pas porter la même répartition qu'un contrat ouvert à l'immobilier et aux fonds obligataires. L'allocation se raisonne sur l'ensemble du patrimoine, puis se décline enveloppe par enveloppe.
Pour aller plus loin
Partir des quatre critères, pas des marchés
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