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La retraite des indépendants

L'idée reçue veut que les indépendants « cotisent moins, donc touchent moins ». C'est trop court, et cela empêche de voir où l'écart se forme réellement. La retraite de base des artisans et des commerçants obéit aujourd'hui aux mêmes règles que celle des salariés. L'écart vient d'ailleurs : de la retraite complémentaire, des années sans revenu, et surtout d'une part de rémunération qui, par construction, ne crée aucun droit.

Page d'information générale. Elle n'est ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée.

Écrit par , fondateur de GUIZELIN CONSEILMis à jour le

Pourquoi le statut juridique commande-t-il la retraite ?

Parce que l'affiliation à un régime de retraite ne dépend ni du métier exercé ni du niveau de revenu, mais de la qualification juridique de la personne qui l'exerce.

Deux personnes peuvent rendre exactement le même service, facturer le même montant et relever de régimes différents : l'une parce qu'elle est gérante majoritaire d'une société à responsabilité limitée, l'autre parce qu'elle préside une société par actions simplifiée. La première est travailleur non salarié ; la seconde est assimilée salariée, et sa retraite se construit comme celle d'un cadre du privé.

Cette bascule n'est pas un détail administratif. Elle détermine le régime complémentaire applicable, le niveau de cotisations, et donc les droits acquis chaque année. Et contrairement à la plupart des paramètres de la retraite, celui-ci se choisit — au moment de créer la société, ou de la transformer.

Qui relève de quel régime ?

Régimes de retraite selon le statut
StatutRetraite de baseRetraite complémentaire
Artisan, commerçant, entreprise individuelleRégime général, règles alignées sur celles des salariésRégime complémentaire des indépendants, par points
Gérant majoritaire de SARLRégime général, au titre des travailleurs indépendantsRégime complémentaire des indépendants, par points
Président de SAS ou de SASU, gérant minoritaire de SARLRégime général, comme un salariéRégime complémentaire des salariés du secteur privé
Profession libérale réglementéeCaisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales, par pointsRégime propre à la section professionnelle dont elle relève
AvocatCaisse nationale des barreaux françaisRégime propre à cette même caisse
Micro-entrepreneurSelon la nature de l'activité, régime des indépendants ou régime libéralRégime correspondant, avec des droits assis sur le chiffre d'affaires

Un point mérite d'être souligné, parce qu'il est récent et encore mal connu : depuis le 1er janvier 2020, la gestion de la retraite de base et de la retraite complémentaire des travailleurs indépendants a été transférée au régime général, à la suite de la suppression du régime social des indépendants. Les droits acquis avant cette date n'ont pas été modifiés, et les régimes complémentaires restent distincts : c'est la gestion qui a été unifiée, pas les règles.

Où se situe réellement l'écart avec les salariés ?

À trois endroits, et le premier auquel on pense n'en fait pas partie.

Ce n'est pas dans la retraite de base

Pour les artisans et les commerçants, elle se calcule selon les mêmes règles que celle des salariés : salaire annuel moyen établi sur les vingt-cinq meilleures années (CSS, art. R. 351-29), retenues chacune dans la limite du plafond de la sécurité sociale, taux de 50 %au taux plein, puis proratisation selon les trimestres acquis.

La limite du plafond — 48 060 € par an en 2026— joue d'ailleurs exactement de la même façon pour tout le monde : au-delà, aucun droit supplémentaire n'est acquis dans ce régime, que le revenu soit un salaire ou un bénéfice.

C'est d'abord dans la retraite complémentaire

C'est là que les régimes divergent. Pour un salarié du secteur privé, les cotisations complémentaires sont prélevées à hauteur de 7,87 % sur la première tranche de rémunération et de 21,59 % sur la seconde, dont une large part est à la charge de l'employeur. Les régimes complémentaires des travailleurs indépendants fonctionnent également par points, mais selon des barèmes et des tranches qui leur sont propres, et intégralement à la charge du travailleur.

Cette page ne publie pas les taux de cotisation des travailleurs indépendants, et c'est volontaire : la réforme de l'assiette sociale des indépendants les modifie en cours d'année 2026, et la plupart des valeurs qui circulent mélangent l'ancien et le nouveau barème. Les taux applicables à votre situation figurent sur le barème publié par l'Urssaf, qui fait foi et qui est tenu à jour à la source. Cette page sera complétée lorsque le nouveau barème sera stabilisé.

C'est ensuite dans la régularité des droits

Une carrière indépendante comporte des années creuses : démarrage d'activité, perte d'un client important, arrêt maladie long, exercice déficitaire. Dans un régime où la pension dépend à la fois d'un salaire annuel moyen et d'un nombre de trimestres, ces années pèsent deux fois — une fois sur la moyenne, une fois sur la proratisation.

Pour un micro-entrepreneur, le mécanisme est plus direct encore : les trimestres ne se valident pas à la durée d'activité, mais au chiffre d'affaires déclaré. En dessous d'un seuil révisé chaque année, une année complète d'activité peut ne valider aucun trimestre. C'est probablement la règle la plus lourde de conséquences et la moins connue de ceux qu'elle concerne.

Pourquoi les dividendes ne créent-ils aucun droit à la retraite ?

Parce qu'un droit à retraite naît d'une cotisation, et qu'une cotisation est assise sur une rémunération. Un dividende n'est pas une rémunération : c'est une distribution de bénéfice au profit d'un associé.

La conséquence est arithmétique. À revenu disponible identique, une répartition qui fait la part belle aux dividendes réduit d'autant l'assiette sur laquelle les droits à retraite se constituent — ainsi que les droits à indemnités journalières et à pension d'invalidité, qui obéissent à la même logique. L'économie de cotisations est immédiate et visible ; la réduction de droits est différée et invisible, ce qui explique largement qu'elle soit sous-estimée.

Une nuance importante existe selon la forme sociale. Pour un travailleur indépendant exerçant en société soumise à l'impôt sur les sociétés, la fraction des dividendes qui excède 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes portées en compte courant d'associé est soumise à cotisations sociales, et crée donc des droits pour cette part (code de la sécurité sociale, art. L. 131-6). Pour un président de société par actions simplifiée, les dividendes ne sont pas soumis à ces cotisations et ne créent aucun droit.

Cette page n'en tire aucune recommandation, et ce n'est pas une prudence de façade. L'arbitrage entre rémunération et dividendes met en jeu l'impôt sur les sociétés, l'impôt sur le revenu, les besoins de trésorerie de l'entreprise et la situation personnelle du dirigeant. Il se construit avec l'expert-comptable autant qu'avec un conseil en gestion de patrimoine, et il n'a pas de réponse générale. Le seul point que cette page affirme est que la retraite fait partie des paramètres de cet arbitrage, alors qu'elle en est souvent absente.

Où cet écart se mesure-t-il ?

Sur le relevé de carrière, et nulle part ailleurs. Il est disponible sur info-retraite.fr, qui regroupe l'ensemble des régimes — y compris les régimes libéraux et les périodes salariées antérieures au passage à l'indépendance. Une carrière mixte est fréquente, et elle n'apparaît complètement que là.

Une observation d'ensemble mérite d'être rappelée à ce stade, parce qu'elle n'est propre ni aux indépendants ni aux salariés : la Drees mesure un écart net entre le taux de remplacement de la pension seule et celui du niveau de vie effectif, et cet écart correspond à des ressources qui ne viennent pas des régimes obligatoires. Les quatre mesures sont détaillées sur la page d'ensemble. Pour une carrière indépendante, dont la part de rémunération non cotisée est souvent plus importante, l'écart entre les deux mesures a mécaniquement plus de poids.

Le chiffrage du besoin vient ensuite, selon la même méthode que pour un salarié : par les dépenses, pas par un pourcentage.

Un dernier point de règle relève de l'information générale : le plafond de déduction des versements sur un plan d'épargne retraite obéit, pour un travailleur non salarié, à un calcul distinct de celui d'un salarié, assis sur le bénéfice imposable et assorti d'une majoration (CGI, art. 154 bis). Il est, à revenu comparable, généralement plus élevé. Le détail de ce calcul est expliqué ici.

Ce que ce plafond autorise et ce qu'il est pertinent d'en faire sont deux questions distinctes. La seconde dépend de la tranche marginale d'imposition, de la capacité d'épargne réelle de l'entreprise et du foyer, et de l'horizon du projet — autant d'éléments qu'une page d'information générale ne connaît pas.

Chiffres et textes cités sur cette page, vérifiés à leur source le 18 septembre 2026 :

Questions fréquentes

Le président d'une SAS est-il un travailleur indépendant ?
Sur le plan de la protection sociale, non. Le président d'une société par actions simplifiée est assimilé salarié : il relève du régime général pour sa retraite de base et du régime complémentaire des salariés du secteur privé pour sa retraite complémentaire, sur sa rémunération. Le gérant majoritaire d'une société à responsabilité limitée relève au contraire du régime des travailleurs indépendants. Les deux dirigent une société, mais leur retraite ne se construit pas de la même façon.
Un indépendant peut-il cotiser davantage pour améliorer sa retraite ?
Les cotisations obligatoires sont calculées sur le revenu professionnel selon des taux fixés par la réglementation : elles ne se choisissent pas. Un indépendant peut en revanche racheter certains trimestres dans les conditions prévues par la loi, et se constituer une épargne retraite propre, qui relève d'une démarche volontaire et non du régime obligatoire.
Comment un micro-entrepreneur valide-t-il ses trimestres ?
Non pas selon la durée d'activité, mais selon le chiffre d'affaires effectivement déclaré. Des seuils, révisés chaque année et différents selon la nature de l'activité, déterminent le nombre de trimestres validés, de zéro à quatre. Une année complète d'activité à faible chiffre d'affaires peut donc ne valider aucun trimestre. Ces seuils sont publiés par l'Urssaf.
Une activité indépendante exercée en parallèle d'un emploi salarié crée-t-elle des droits ?
Oui, chaque activité génère ses propres droits dans son propre régime. Le nombre de trimestres validés au titre d'une même année civile reste toutefois plafonné à quatre, tous régimes confondus : exercer deux activités ne permet pas de valider huit trimestres par an. Les montants de pension, eux, s'additionnent régime par régime.
Les années où l'entreprise est déficitaire comptent-elles ?
Un revenu professionnel nul ou déficitaire ne permet pas de valider de trimestres au titre de l'activité indépendante, à l'exception des cotisations minimales lorsqu'elles sont dues. Ces années restent inscrites au relevé de carrière comme des années sans droits acquis, ce qui pèse à la fois sur la durée d'assurance et sur la proratisation de la pension.
Un plan d'épargne retraite est-il traité différemment pour un indépendant ?
Le fonctionnement du plan est identique, mais le plafond de déduction des versements obéit à une règle propre aux travailleurs non salariés : il est calculé sur le bénéfice imposable, avec une majoration pour la fraction du bénéfice comprise entre un et huit plafonds annuels de la sécurité sociale (CGI, art. 154 bis). Ce plafond est généralement plus élevé que celui d'un salarié à revenu comparable.

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