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Calculer son besoin à la retraite

La question se pose presque toujours à l'envers : « quel pourcentage de mon salaire vais-je toucher ? ». C'est la mauvaise question, parce qu'elle mesure ce que l'on gagnait plutôt que ce dont on aura besoin. Le calcul utile part des dépenses, se compare à une estimation officielle de pension, et se termine par un seul chiffre : l'écart mensuel à combler.

Page d'information générale. Elle n'est ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée.

Écrit par , fondateur de GUIZELIN CONSEILMis à jour le

Pourquoi un pourcentage du dernier salaire donne-t-il un mauvais chiffre ?

Parce que le dernier salaire et le besoin futur n'ont pas de lien direct. Deux personnes au même salaire peuvent avoir des besoins très différents selon qu'elles ont terminé de rembourser leur logement ou non, qu'elles vivent seules ou à deux, et que leurs enfants sont autonomes ou non.

La règle des « 70 % du dernier salaire » vient d'ailleurs d'une confusion. Elle décrit un taux de remplacement observé — ce que les retraités perçoivent effectivement — et non un besoin calculé. Pour les personnes dont la première année pleine de retraite est 2020, la Drees mesure d'ailleurs une médiane de 75 %, avec un quart des nouveaux retraités sous 62 % et un quart au-dessus de 94 %. Un constat aussi dispersé ne peut pas servir de règle individuelle.

La page pilier détaille cette dispersion et les raisons mécaniques qui l'expliquent. Retenons ici une seule conséquence : le calcul se fait dans l'autre sens.

Première étape : obtenir le chiffre officiel

Avant toute estimation personnelle, deux documents donnent une base solide, et ils sont gratuits.

  • Le relevé de carrière recense l'ensemble des trimestres et des points acquis, tous régimes confondus, depuis le premier emploi. Il sert d'abord à vérifier : les périodes d'apprentissage, de stage, de chômage, de congé parental ou d'activité à l'étranger y sont-elles bien reportées ?
  • L'estimation indicative globale chiffre la pension prévisible selon plusieurs âges de départ. Elle est adressée automatiquement à partir de 55 ans, mais un simulateur en ligne permet d'obtenir le même type de résultat bien avant.

Les deux se consultent sur info-retraite.fr, le service public commun à l'ensemble des régimes de retraite. Aucun intermédiaire n'est nécessaire, et aucun service payant n'apporte une information que ce site ne donne pas.

Deux précautions de lecture. D'une part, l'estimation est donnée en montant brut : la pension nette est inférieure, puisqu'elle supporte des prélèvements sociaux puis l'impôt sur le revenu. D'autre part, elle repose sur les règles en vigueur au jour du calcul, et suppose que la carrière se poursuive jusqu'à l'âge retenu. C'est une estimation, pas un engagement.

Deuxième étape : chiffrer les dépenses, pas les revenus

L'exercice consiste à reprendre ses dépenses actuelles et à distinguer trois catégories. Il se fait sur douze mois de relevés bancaires, pas de mémoire.

Ce qui disparaît ou diminue

  • Les dépenses directement liées à l'activité : trajets domicile-travail, repas hors domicile, vêtements professionnels, second véhicule parfois.
  • Les cotisations d'épargne retraite et les cotisations sociales assises sur les revenus d'activité, qui n'ont plus d'objet.
  • Les dépenses liées aux enfants à charge, lorsque l'échéance de leur autonomie est antérieure au départ.
  • Le remboursement du crédit immobilier, à la condition qu'il soit effectivement terminé. C'est souvent le poste le plus lourd, et sa date de fin est le paramètre le plus structurant de tout le calcul.

Ce qui augmente

  • Les dépenses de santé, et surtout la complémentaire santé : le contrat collectif d'entreprise, partiellement financé par l'employeur, laisse place à un contrat individuel intégralement à la charge du ménage.
  • Les dépenses de temps libre, dans les premières années de retraite en particulier : voyages, loisirs, activités. Elles ne sont pas un supplément facultatif, elles sont souvent la raison même du départ.
  • L'aide apportée à un proche, parent âgé ou enfant, qui n'est pas toujours anticipée et qui peut devenir régulière.
  • Les dépenses d'adaptation ou d'entretien du logement, lorsqu'on y passe davantage de temps.

Ce qui ne bouge pas

Le logement s'il reste loué, l'énergie, l'assurance, la taxe foncière, l'alimentation pour l'essentiel. Ce socle représente généralement la part la plus large du budget, et c'est aussi la part la moins compressible.

Le solde de ces trois catégories n'est pas mécaniquement favorable. Il l'est lorsque le crédit immobilier est soldé et que les enfants sont autonomes ; il ne l'est pas lorsque ces deux conditions ne sont pas réunies au moment du départ.

Troisième étape : mesurer l'écart, en revenu mensuel

L'écart est la différence entre le budget mensuel estimé et la pension nette prévisible. C'est le seul chiffre qui commande la suite, et il se raisonne en revenu mensuel, pas en capital.

Cet écart est rarement nul, et ce n'est pas propre à une situation particulière : les mesures de la Drees montrent que la pension seule couvre environ trois quarts du dernier revenu d'activité, alors que le niveau de vie effectif se maintient à un niveau bien plus proche. La différence entre ces deux mesures correspond à des ressources qui ne viennent pas des régimes obligatoires : revenus du conjoint, activité poursuivie, revenus du patrimoine, charges disparues. Le calcul ci-dessous ne porte que sur la part de l'écart que ces ressources ne couvrent pas déjà.

La raison est pratique : un capital exprimé en centaines de milliers d'euros décourage sans informer, alors qu'un écart mensuel se compare immédiatement à ce que l'on peut mettre de côté aujourd'hui.

Un ordre de grandeur, par simple addition

Montants ronds, choisis pour illustrer une arithmétique. Ce calcul ne retient aucune hypothèse de rendement : il n'additionne que des versements. Il ne constitue ni une simulation, ni une projection, ni la description d'une situation individuelle.

Soit un écart de 500 € par mois à combler, pendant une retraite dont on retiendrait une durée de 25 ans.

  • Besoin cumulé sur la période : 500 × 12 × 25 = 150 000 €.
  • Si cette somme devait être constituée par des versements réguliers pendant les 20 années précédant le départ, et sans qu'aucun rendement ne soit supposé : 150 000 ÷ 240 mois = 625 € par mois.
  • Sur 30 années de constitution au lieu de 20, toujours sans rendement : 150 000 ÷ 360 mois = 417 € par mois.

Le seul enseignement de ce calcul tient dans l'écart entre les deux dernières lignes : à besoin identique, dix années de plus réduisent l'effort mensuel d'un tiers.

Ce résultat est volontairement pessimiste, puisqu'il suppose qu'une épargne ne produit rien. Dans la réalité, une épargne placée peut produire un rendement, qui réduirait d'autant l'effort nécessaire — mais ce rendement n'est ni connu, ni garanti, et il peut être négatif sur certaines périodes. C'est précisément pour cela qu'il n'entre pas dans le calcul ci-dessus : un ordre de grandeur qui ne dépend d'aucune hypothèse est plus utile qu'une projection qui repose entièrement sur une hypothèse invérifiable.

Deux corrections restent à apporter à ce chiffre, et elles jouent en sens contraire. La fiscalité réduit le revenu réellement disponible, puisqu'une pension comme un retrait d'épargne sont imposés. Les ressources déjà constituées — épargne existante, bien immobilier locatif, capital attendu — viennent au contraire en déduction de l'écart. Aucune des deux ne se devine : elles se posent au cas par cas.

Ce qu'un calcul de ce type ne peut pas savoir

Dire ce qu'un calcul ignore est aussi important que de le produire. Quatre inconnues demeurent, et aucune méthode ne les lève.

  • La durée de la retraite. Elle détermine le besoin total et personne ne la connaît. C'est la raison d'être des mécanismes viagers, qui versent un revenu aussi longtemps que la personne vit.
  • L'inflation. Raisonner en euros d'aujourd'hui, en comparant des dépenses actuelles à une pension actuelle, évite d'empiler une hypothèse supplémentaire sur trente ans.
  • Les règles futures. L'âge légal, la durée d'assurance requise et la fiscalité des pensions ont été modifiés plusieurs fois au cours des dix dernières années. Le calendrier de l'âge légal a encore changé pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
  • Les événements de vie. Une séparation, un veuvage, une aide à un proche ou un arrêt d'activité anticipé déplacent le résultat plus sûrement qu'une variation de rendement.

Ces inconnues ne privent pas le calcul de son intérêt : elles en fixent la nature. Un ordre de grandeur révisé tous les deux ou trois ans reste plus informatif qu'un chiffre exact posé une fois pour toutes, parce qu'il suit la situation au lieu de la figer.

Paramètres légaux cités sur cette page, vérifiés à leur source le 18 septembre 2026 : CSS, art. L. 161-17-2 (âge d'ouverture du droit) et CSS, art. L. 161-17-3 (durée d'assurance requise). Taux de remplacement : Drees, Études et Résultats n° 1369.

Questions fréquentes

Où trouver l'estimation de sa future pension ?
Sur info-retraite.fr, le service public commun à l'ensemble des régimes de retraite français. Le compte donne accès au relevé de carrière, qui recense les trimestres et les points acquis, et à un simulateur qui produit une estimation selon plusieurs âges de départ. L'accès est gratuit et ne nécessite aucun intermédiaire.
À quel âge reçoit-on une estimation sans la demander ?
Un relevé de situation individuelle est adressé périodiquement à partir de 35 ans. À partir de 55 ans, il est accompagné d'une estimation indicative globale, qui chiffre la pension prévisible selon différents âges de départ. Ces envois sont automatiques, mais rien n'oblige à les attendre : les mêmes documents sont consultables en ligne à tout moment.
Faut-il viser 70 % de son dernier salaire ?
Cette règle circule beaucoup, mais elle mélange deux choses. Elle décrit un ordre de grandeur observé de taux de remplacement, c'est-à-dire ce que les gens perçoivent, et non ce dont ils ont besoin. Un besoin se calcule à partir de dépenses prévisibles ; un taux de remplacement se constate après coup. Les deux peuvent coïncider, mais rien ne garantit qu'ils coïncident dans une situation donnée.
Faut-il intégrer l'inflation dans le calcul ?
Il est plus simple et plus fiable de raisonner en euros d'aujourd'hui, c'est-à-dire de chiffrer les dépenses au prix actuel et de comparer à une pension exprimée elle aussi en euros actuels. Introduire une hypothèse d'inflation sur trente ans ajoute une incertitude sans améliorer la décision. Le calcul se révise plutôt tous les deux ou trois ans.
Combien d'années faut-il prévoir de financer ?
Personne ne connaît sa propre durée de retraite, et c'est la principale limite de ce type de calcul. Deux précautions sont possibles sans chercher à deviner : retenir une durée large plutôt qu'étroite, et distinguer les besoins qui s'arrêtent d'eux-mêmes des besoins viagers, qui durent aussi longtemps que la personne.
Le calcul doit-il être refait régulièrement ?
Oui. Les droits acquis évoluent chaque année, les règles de calcul ont changé plusieurs fois au cours des dix dernières années, et les projets de vie se déplacent. Un chiffre posé une fois pour toutes devient trompeur. Une révision tous les deux ou trois ans, et à chaque changement professionnel ou familial, suffit généralement.

Pour aller plus loin

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